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L’inquiétude des parents : école privé ou école étatique



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L’école privée est devenue un marché lucratif où les parents font un véritable sacrifice pour y envoyer leurs enfants. Elle se vend en partie par sa gamme d’activités extrascolaires. Mais de nombreux parents choisissent aussi l’enseignement étatique à cause de son excellence sur le plan académique et par manque de moyens financiers. Dans cet article, nous allons passer en revue le marché rentable de l’école privée ainsi que le choix du public tunisien vis-à-vis de l’école étatique.

Le privé, un marché très lucratif

La plupart des parents aspirent à donner une éducation dans une école privée à leurs rejetons. Mais dans un milieu où les ressources sont insuffisantes, les familles de la classe moyenne et la classe pauvre envoient leurs enfants à l’école primaire étatique. En fait, toutes les écoles ont des attentes élevées pour leurs élèves mais l’enseignement privé a l’avantage de proposer une « valeur ajoutée ». Les élèves fréquentant ces institutions bénéficient souvent d’un soutien intensif de la part des enseignants et ont plus de chance de trouver une matière dans laquelle ils excellent.

En effet, depuis ces dernières années, l’enseignement privé tient une place non négligeable dans le paysage de l’éducation tunisienne. On enregistre une hausse de 500 % du nombre de ces écoles depuis ces dix dernières années. Cette statistique vient du dernier rapport fourni par le Forum tunisien des droits économiques et sociaux. En 2010, ces écoles privées étaient au nombre de 102, aujourd’hui, on en compte plus de 600. Cet essor est dû au manque de réforme du secteur d’éduction étatique et la dégradation du niveau de l’éducation dans ce milieu. A cela s’ajoutent les grèves des enseignants, la surcharge des salles de classe, les reports fréquents des examens, l’état de la salle de classe, le mauvais encadrement, le manque de discipline...Ce sont des raisons parmi d’autres pour lesquelles bon nombre de parents optent pour le choix de l’école privé en vue de l’épanouissement personnel de leurs enfants. C’est aussi un moyen de leur garantir une éducation qualifiée qui leur permettra par la suite d’accéder aux universités et grandes écoles de haut niveau en Tunisie. Dans les écoles privées, les parents sont aussi plus sûrs du niveau de sécurité et de l’environnement de ces écoles. Ils sont ainsi prêts à payer le prix des frais de scolarité de leurs enfants dans ce milieu.

De leur côté, les écoles privées ne cessent d’apporter des innovations sur le plan marketing en profitant du déclin des écoles étatiques. Les enfants y bénéficient de cantine, de garde, et de nombreuses activités. Ce qui réduit la charge mentale de leurs parents. A chaque rentrée, on voit des panneaux publicitaires gigantesques présentant les mérites des enseignements supérieurs privés sur les routes à forte densité de circulation. Les photos affichent l’image d’un groupe d’étudiants confiants à leur avenir, vêtus de la toge de diplômés américains et leur coiffe pour séduire les parents qui ne savent pas où se tourner pour assurer la réussite à leurs enfants. Une image qui pourrait donner raison au renforcement de préjugé sur la qualité et la performance de l’éducation dans les écoles privées. Les élèves dans ces institutions sont censés avoir des bons résultats dans un milieu favorable à l’apprentissage tout en évitant les contrecoups des grèves des professeurs de l’enseignement public.

Face au manque de promotion de la qualité de l’enseignement dans une école publique, l’Etat devrait ainsi allouer des ressources pour assurer une éducation adéquate et un système éducatif correct aux enfants fréquentant ce milieu. C’est le souhait des parents qui ne peuvent pas se permettre d’envoyer leurs enfants dans une école privée. Ils pensent que c’est le seul moyen de remettre sa lettre de noblesse à l’enseignement étatique. Ils ajoutent qu’auparavant, l’enseignement privé jouait seulement le rôle de seconde chance ou refuge pour ceux qui ne peuvent pas être admis au secteur public. Mais l’image de ce dernier s’est tellement ternie depuis ces dernières années que les parents se sont tournés vers l’école privée. Celle-ci présente tout de même un mauvais côté car elle ne favorise pas la mixité sociale. Effectivement, les enfants des ouvriers et chômeurs sont représentés en petit nombre dans ces écoles.

Pour rappel, les différentes crises politiques ont entraîné les grèves à répétition des enseignants dans le public. La mainmise des syndicats sur ce système, le manque du budget fragilisent aussi ce secteur. Le budget alloué est dédié majoritairement au salaire des fonctionnaires. L’Etat n’a pas prévu un montant suffisant pour la modernisation des infrastructures et des équipements.

Par ailleurs, le nombre des élèves dans une école publique peut également atteindre 40. Ce qui diminue l’efficacité et la qualité de l’enseignement. Les élèves ne disposent pas des moyens technologiques leur permettant d’avoir une « meilleure » éducation. La gratuité de l’enseignement est assurée au préjudice de la qualité.

Il faut dire aussi que l’importance accrue de diplômes intensifie l’écart entre l’école publique et l’école privée tunisienne. Les élèves chassés de l’enseignement public peuvent bénéficier d’une éduction adéquate dans un milieu d’éducation privée. L’école privée est devenue un milieu de formation d’élite et un secteur attirant la clientèle aisée et les investisseurs potentiels. Les inégalités entre l’enseignement public et privé ne diffèrent pas de celle entre l’hôpital public et la clinique privée. Le premier prend son essor au détriment de l’autre en dégradation face à la corruption et à l’absence du redressement du secteur.

Le public bénéficie encore de la confiance des Tunisiens

Dans les pays en voie de développement, les parents ayant des ressources insuffisantes préfèrent se tourner vers l’enseignement public pour resserrer la ceinture. S’ils ont assez d’argent pour s’acquitter des frais scolaires, ils peuvent choisir une école privée proposant des écolages à prix modique ou abordable. Si on jette un coup d’œil à ce qui se passe à Libéria par exemple, la majorité des enfants de bidonvilles fréquentent les écoles privées. Ce sont des écoles bon marché proposant des meilleurs résultats que celles du secteur public. Les frais de scolarité y sont effectivement moins élevés que les dépenses dans les écoles publiques où les parents doivent aussi débourser pour l’uniforme, les livres, les cahiers, le transport…

En Tunisie, l’enseignement de base, secondaire et universitaire public ont tous besoin des campagnes de réformes. D’un côté, il y a l’expansion du secteur privé et le bouleversement du monde de travail, de l’autre, il y a aussi la hausse du taux de chômage des diplômés de l’enseignement supérieur. Mais vu le contexte socio-économique actuel, l’inflation, la baisse du pouvoir d’achat de la population tunisienne, l’impact de la crise sanitaire, beaucoup de Tunisiens hésitent encore à se sacrifier pour les frais de scolarité de leurs progénitures dans les écoles privées. Il arrive ainsi aux parents de mettre en concurrence ces écoles et de choisir l’enseignement public malgré le constat amer du déclin de la qualité de l’enseignement dans ce milieu.

Quoi qu’il en soit, l’enquête réalisée par l’Institut national de statistiques (INS) en collaboration avec le PNUD a révélé la confiance de la population aux services publics : 77 % des enquêtés apprécient l’effort de l’Etat dans le secteur de l’éducation, 55 % dans la filière santé, 46,5 dans le secteur de la justice, 61,2 % dans le service de sécurité, 74,2 % dans les services locaux et 49, % dans le secteur de la douane.

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